Pureté

Parfois, on ferme les yeux un instant
Histoire de se perdre deux secondes dans son néant.
Il s'agit de ces temps de transcendance
Où les désirs s’évanouissent
Où l'on se fait l’amnistie en silence. 
Ce sont ces heures ou l'on remue la cendre de l’âme
Où la poésie n'est plus hors de l'être.
Ces instants se vivent au bout d'une plume 
Comme aux cordes d'une guitare.
Ils nous unissent, nous montrent la valeur de notre intimité.
Je me sentais loin de mes névroses
Cette nuit-là, quand j'ai pris mon premier élan.
J'ai perdu le souvenir de ce lointain envol.
De l'art, j'ai fait ma science.
Je traverse mes désert à dos de phrases
Et je vis mes hivers accroché à mes lettres.
Il m'arrive de voir ce bonheur s'épancher de ma bulle.
Je le vois dans tes regards épris
Dans les sourires des gens simples de cœur
Dans nos traditions de gaieté.
Il cherche on dirait à nous enlever l’illusion de notre unicité.
Il ne dit que ce sens des tournures, 
Nous le portons tous dans un coin de trésor.
Médite!
Ne vois-tu pas que mes voyelles rejoignent tes consonnes?
Ne vois-tu pas que mes mots tournent autour des tiens
Dans une danse mystérieuse?
Notre quête est la même, comme notre souffrance.
Cette soif nous transcende, sache-le.
Celle de montrer ce que nous seuls voyons.
Si comme nous, les gens allaient au-delà de leur vision organique,
S'ils pouvaient s'échanger du bonheur,
S'ils pouvaient oublier un instant, la tentation des moqueries,
"pureté" serait un mot ordinaire.

Simplicité

S'ajoutent phrases après phrases dans une pièce cynique. Des mots écrits de la plume d'une pensée vagabonde. Ce n'est pas un roman que tu pourras lire avec tes organes habituels. Ce jet d'abstraction se cache dans le regard de tes voisins. Parfois, tu te perds, croyant percevoir un bout de lettre. Mais la subtilité dont s'imprègne cette tragédie échappe à ton intelligence. On a tous vécu pareille désillusion.
Ils racontent des histoires creuses avec des mots sublimes. T'arrive t-il parfois d'être noyé dans un jargon d'une beauté indicible mais d'en revenir encore plus vide, avec plus d'envie de sens? Ces contes sont ceux des gens éteints, ceux qui n'ont de vie qu'en superficie. Si tu entends dire pareille palabre, ne t’arrête pas à la splendeur du dire. Cherche le cœur. A défaut de le trouver, je t'en prie, passe ton chemin. 
J'entends parfois des textes sans forme extravagante, sans harmonie à couper le souffle. Ils viennent, souvent, de gens rompus à pratiquer la bonté et le don de soi. Je ne les rencontre pas tous les jours. Mais ces hommes marchent au rythme de leurs cœurs. Je les croise parfois au bout du monde. D'autres fois, ils sont juste à coté de nous sans que nous ne sachions les reconnaitre. Eux, ce qu'ils disent se revêt d'une simplicité magistrale. Leurs mots se déploient avec douceur, sans frictions, sans ronflements. Il serait superflu de dire qu'on passerait juste tout près de telles merveilles sans s'en apercevoir. Moi, quand par hasard ou par providence, mes oreilles sont charmés par des discours de saints, je n'ai que de vieux dictons en tête. 
L'habit ne fait pas le moine
ou
Le bonheur commence avec la simplicité.  

Petit éloge de l'amour

j'ai toujours cru que l'amour est né entre les murs de ma chambre d'enfant.
Ou, qu'il habitait les regards accueillants d'une grand-mère
Aussi simple que mystérieuse.
L'amour m'a surpris au réveil... Lorsque j'avais encore des rêves.
Ces rêves qui me portaient loin. Dans un ailleurs sans images précises.
Les murs roses sont loin d'ici.
Et ces regards accueillants sont partis rejoindre leur source d'inspiration.
Quant à ces rêves, il sommeillent dans un vieux coin inaccessible.
Aujourd'hui, tout vit dans son monde.
Mais, l'amour, lui, pullule dans tous les mondes.
Même dans ce monde que j'appelle Ici.
Ici, on ne se connait pas.
L'horizon est désert.
Ici, tout semble ombres et absences.
On ne sait pas se caresser le cœur. 
Et même l'étoile polaire manque.
Ici, ça pue des déchets métalliques et non des fleurs sèches.
Que vient faire l'amour dans ce cirque?
Que cherche t-il dans un monde aussi différent que mes quatre murs?
N'a t-il pas peur de cette chimère qu'on appelle honte?
Pourtant, il fourmille au milieu de nos frustrations.
Il grouille dans le tas de détritus que forment nos vaines envies.
Il patauge vraiment dans tous les mondes, celui-là.
L'amour se fraie un chemin à travers nos angoisses...
Des cris que nous arrache la verge de la faim.
L'amour n'est pas uniquement la panache des gens de classe.
Il s'assoit aussi avec les pires parias de ce bas monde.
On l'a même surpris visiter les putes de la grand-rue...
Si toi, tu ne le savais pas, L'amour est plus grand que tes conneries de préjugés.
Bien plus grand.

Altérité

Avant
"Il est près de minuit. Mon bras court vers une plume. Nulle urgence. Aucune faim particulière ne me tord la main. Si besoin il existe, ce n’est que rendre hommage à la culture. Elle, que je peine à retenir une, dans les cages de ma pensée. Multiple, bouillonnante, elle détruit et reconstruit tout mon univers intérieur, rien qu'à sa guise.  Je ne sais pas pourquoi, d’ordinaire, on s’exerce au stylo. Moi, j’écris à la vibration du temps, pour incarner toutes les lourdeurs de ma vie. Mais je n’y mets pas que mes plaintes. Y figurent aussi mes amours… Amours de chairs, d’idées, de mots, de voix, de vus et de ressentis."
 Et après
"Je pioche dans tous les lopins de lettres. Les tiennes me sont parvenues. Imagine les, distillées par mes réseaux gris! Se propage alors, un flot d’émotions cristallisées. Les mêmes que tu as enfouis entre tes précieux syllabes. Je m’insère dans ton écriture, y projetant mes silences. Toi, assumes apprécier ce vol, cet emprunt! Tu te retrouves soudain chez moi. Je te fais porter des significations surprenantes. Tu ne peux t’en plaindre. Tu ne t'es donné que pour te métamorphoser. La peur n’est pas de ce royaume où, toi qui écris et moi qui lis, ne sommes qu’un et même mot inexprimable."

Envie de vivre

Dernière seconde, les rideaux tombent, il s’écroule. 
Restent muettes toutes ces mains inassouvies de la foule. 
Elles ignorent que derrière le drap écarlate, 
Un cœur se resserre, une autre clameur éclate. 
C’est le fracas de tant d’heures de travail nourries d’espoir 
Qui s’envolent en tessons quand l’échec se fait voir.

Cette pieuvre froide dont les tentacules s’insinuent 
Souvent à cette dernière seconde dans nos rêves mis à nue. 
Alors, nos passions s’effondrent, dans nos gorges, une bulle de peine 
Tel le comédien qui inspire indifférence à sa sortie de scène. 
La défaite fait ainsi le soir sur des séquences de nos vies 
Mais le récit se poursuit si en vie, restent nos envies.
Envies de faire le deuil des larmes de l’enfance 
De voir émerger en soi, un nouveau rayon de confiance. 
Envies de sourire et de reprendre avec bienveillance 
Les mêmes histoires dont nos pertes ont effacé le sens. 
Envies de dire haut, ce que de la vie, nous pensons si bas : 
Qu’elle nous offre de nouveaux possibles à chaque pas.
La déroute est un hôte qui nous sera bientôt familier 
Mais le bonheur d’être encore en marche nous la fera oublier. 
Si, riches de patience, le cœur encore enchanté, 
Nous traverserons toutes ces secondes de fragilité, 
C’est qu’étant boue, dans nos narines était insufflé 
L’envie de vivre, vivre malgré la rugosité des aspérités.

Eux, les maudits

Cœurs endeuillés, raison en berne, 
Nerfs tordus de désirs, si vains, si ternes, 
Ils vont d’Est en Ouest, couverts de rides. 
La tête et les tripes encore plus vides. 
La lenteur de leurs pas écrit dans la poussière 
La tragédie d’une lutte intemporelle. 
Ils reviennent d’Ouest en Est, rassasiés de misère 
Brûlant dans leur chair une déception éternelle. 
L’histoire de tous ces corps meurtris 
Est celle des aller retours entre foyers et boulot. 
Bourreau qui promet liberté mais qui rit 
De tant de noirceur dans leurs cerveaux. 
Boulot-bourreau qui les condamne à penser 
Que leur boulot vient à bout de leurs bourreaux. 
Sans soucis du vrai, ils articulent leurs vies 
Aux mensonges vomis ça et là leurs consciences. 
Non. Bonheur ne rime pas avec tant d’envies, 
Tant de prisons qui enferment leur essence. 
Ils oublient qu’ils naissent pour le beau 
Et ils n’amassent que des fantasmes, que du faux. 
Je les vois anxieux à l’aube, au coucher exténués, 
N’ayant rien fait de mieux que plisser leurs peau.

Coup de bleus

Dis moi quelle couleur revêt l'horizon a l'aube de Noel,
Parle moi de la mélodie de la pluie qui bourdonne sur les feuilles,
Raconte moi ce que disent les fourmis quand elles se croisent,
Car mon coeur ne saisit rien, et je perds la mémoire des jours rayonnants. 
Tout s'en va... Tout s'envole... Tout meurt et je pars aussi.
Je suis rongé par la peur, la douleur
Torturé par un mal aveugle...
Qui m'a raconté que l'espoir cache les douleurs du coeur?
Je lui dis que les douleurs cachent l'espoir des malades du Sida.
Je médite des mots lourds a avaler:
Dernier, partir, manquer, perdre, triste, angoisse, espérance.
Je crie vers celui qui crée les jours nouveaux.
Les jours baignés de rosée, de lumière, de couleur et de voix.
Je crie vers lui. Qu'Il ne se plaise pas a me créer de nouveaux jours
Mais qu'Il me donne un rayon de soleil pour illuminer mes ténèbres.
Car, je veux croire a ce qu'a dit le vieux, par sagesse ou par ivresse:
L'espoir muselle les démons de l’échec.